El sabor de la nada | Charles Baudelaire



Alma triste que antaño tanto amabas la lucha,
la Esperanza que un tiempo espoleaba tu ardor
ya no quiere montarte. Sin pudores, ve y túmbate
como un viejo caballo que tropieza con todo.

Corazón, capitula; duerme un sueño bruto.

¡Alma exhausta, vencida! Para ti, vagabundo,
ni el amor ni la guerra pueden ya cautivarte.
¡Adiós, pues, oh clarines y suspiros de flauta!
¡Olvidad, oh placeres, a ese pecho sombrío!

Su fragancia ha perdido la gentil primavera.

Me va el Tiempo engullendo de minuto en minuto
como engulle la nieve un cadáver ya rígido;
desde lo alto contemplo esta tierra redonda
y renuncio a encontrar el amparo de un techo.

¿Por qué, alud, no me arrastras en tu inmensa caída?

(Versión de Carlos Pujol - Las flores del mal).

***

(Le Goût du néant)

Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte,
L'Espoir, dont l'éperon attisait ton ardeur,
Ne veut plus t'enfourcher! Couche-toi sans pudeur,
Vieux cheval dont le pied à chaque obstacle butte.

Résigne-toi, mon coeur; dors ton sommeil de brute.

Esprit vaincu, fourbu! Pour toi, vieux maraudeur,
L'amour n'a plus de goût, non plus que la dispute;
Adieu donc, chants du cuivre et soupirs de la flûte!
Plaisirs, ne tentez plus un coeur sombre et boudeur!

Le Printemps adorable a perdu son odeur!

Et le Temps m'engloutit minute par minute,
Comme la neige immense un corps pris de roideur;
— Je contemple d'en haut le globe en sa rondeur
Et je n'y cherche plus l'abri d'une cahute.

Avalanche, veux-tu m'emporter dans ta chute?

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